Marcher en sous-bois : itinéraires et usages des sentiers forestiers à Hucqueliers
23 mars 2026
Une mosaïque bocagère et boisée : identité forestière d’Hucqueliers
À Hucqueliers, le boisement est une composante ancienne et structurante du paysage. Selon les données de l’IGN (Inventaire Forestier National), les forêts couvrent localement jusqu’à 16 % de la surface totale du canton, soit un taux notable pour un secteur au cœur du Pas-de-Calais. Le couvert est ici fait de forêts domaniales (comme le Bois d’Hucqueliers) mais aussi de nombreux petits bois privés ou communaux, souvent issus de la tradition bocagère et de la gestion collective d’antan.
Certaines forêts, telles que celles du Bois de la Poste ou du Bois de la Calique, sont traversées par d’anciens chemins ruraux, bornés d’ormes et de chênes, dont le tracé se superpose parfois aux vestiges de vieilles allées domaniales, de sentiers de légende ou d’anciens axes de défrichement médiévaux. Ces chemins n’ont guère changé d’orientation depuis le 18e siècle, comme l’a montré Jean Duflos dans “La Forêt en Pas-de-Calais, de l’Ancien Régime à nos jours” (Éditions du Portique, 1991).
Les zones boisées sont également valorisées par leur biodiversité et par leur rôle de régulation hydraulique. Sources, ruisseaux, mares forestières ponctuent la marche : autant d’étapes pour observer, écouter, et comprendre la dynamique naturelle et humaine du canton.
Des sentiers à la mémoire dense : principaux itinéraires forestiers
Ci-dessous, une sélection des principaux chemins de randonnée connus pour traverser durablement les massifs boisés du canton d’Hucqueliers, leur tracé, leurs usages et quelquefois leurs singularités.
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Le Sentier du Bois d’Hucqueliers (circuit balisé, environ 8,5 km, départ village d’Hucqueliers, parking de la mairie) :
- Ce parcours serpente dans le vaste bois situé au sud-ouest du chef-lieu, longeant la source du Bléquin et franchissant plusieurs clairières anciennes.
- Caractéristique forte : alternance de futaies de chênes, d’érables, puis surgissement d’anciennes futaies de hêtres sur fond de sous-bois humide – témoin d’une gestion sylvicole héritée du 19e siècle : on repère d’ailleurs d’anciens fossés de coupe.
- On y croise également trois anciennes bornes forestières, recouvertes de mousses, vestiges de partages de bois communaux mentionnés dans les relevés cadastraux napoléoniens.
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Le Circuit de la Calique (boucle officielle, 12 km, départ en face de la mairie de Preures) :
- Il traverse la lisière nord de la forêt de la Calique, l’un des derniers massifs de taillis sous futaie du territoire, puis longe le ruisseau du Bras du Hameau vers le hameau du Tillet.
- À noter la coexistence de haies bocagères anciennes et de résineux plantés lors de la reforestation du 20e siècle : un paysage mixte, représentatif des évolutions récentes de la gestion forestière.
- Le sentier croise, sur ses deux premiers kilomètres, une allée plantée de hêtres plus que centenaires.
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Le Chemin des Sources de Wicquinghem (boucle de 7 km, départ l’église de Wicquinghem) :
- Chemin en partie en crête, longeant le Bois du Haut et le Bois Malbrancq, puis redescendant à la source de la Liane.
- La traversée en sous-bois est ponctuée de mares forestières, habitat typique du Triton crêté et du Milan noir (espèces protégées au niveau départemental, cf. Département Pas-de-Calais).
- Usage mixte historique : voie de passage des bergers puis des bûcherons, aujourd’hui balisée GR de Pays.
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Le Sentier du Mont-Druon (boucle 10 km, depuis Clenleu, église) :
- Montée en forêt sur les pentes du Mont-Druon, alternance de sous-bois de bouleaux et de parcelles d’aulnaies marécageuses.
- Point d’intérêt : la “Pierre du Druide”, bloc de poudingue entouré d’un sentier creux, fait partie d’un corpus de légendes rurales.
- Vue panoramique rare, en lisière, sur le pays d’Hucqueliers, jusqu’aux pâturages du Boulonnais.
D’autres variantes plus confidentielles relient par des chemins creux secondaires les hameaux de Maninghem, Bourthes ou Zoteux, s’appuyant sur la trame très ancienne des “carrières” (sentiers d’exploitation) et des “brayes”, ces passages entre deux bois ou deux cultures qui permettent la circulation du vivant et de l’homme.
Des chemins, des usages : la forêt comme territoire partagé
Dans le canton d’Hucqueliers, la randonnée forestière demeure un usage social inscrit dans la longue durée. La majorité des sentiers évoqués trouvent leur origine dans le besoin ancien de relier écarts et fermes isolées, d’accéder aux ressources sylvestres (bois de chauffage, feuilles, glands, chasse, cueillette de muguet ou de violettes) ou de rejoindre la grande route de Boulogne à Saint-Omer.
La pratique de la marche en forêt s’ancre dans cette continuité. Nous l’observons encore lors des “randonnées bocagères” du Printemps, organisées par les associations de pays d’Hucqueliers (ex. Association Patrimoine rural en Côte d’Opale), où habitants et visiteurs cheminent côte-à-côte, passant du verger au bois, commentant collectivement “l’état des chemins”, ou le retour saisonnier des martins-pêcheurs sur le Bléquin.
La forêt et les saisons : une lecture renouvelée du paysage
Marcher dans les bois d’Hucqueliers, c’est épouser le rythme lent des saisons. Le printemps révèle l’éveil des mares temporaires, le déploiement des primevères et des ailantes. L’été, le feuillage dense tamise la lumière, donnant au marcheur cette impression de monde suspendu, presque secret. L’automne projette quant à lui une palette tel un vitrail, soulignant la variation de hauteurs et d’essences entre taillis et hauts-fûts. L’hiver, enfin, redessine les lignes du relief et met à nu les vieilles limites : talus plantés de vieux saules, fossés comblés de feuilles mortes.
- Selon les saisons, certains sentiers boisés peuvent être sujets à des zones humides ou inondées, rappelant la nécessité pour les usagers de consulter les informations locales mises à jour par la communauté de communes ou le site de la FFRandonnée.
- Les forêts locales accueillent encore aujourd’hui tous les usages traditionnels : passage de chasseurs en saison, cueillette réglementée, mais aussi, lors des hivers rigoureux, ramassage du bois tombé. Cette polyvalence d’usage explique la diversité des profils de sentiers : certains larges, d’autres simples traces piétinées au fil des générations.
Patrimoine, biodiversité, transmission : enjeux et perspectives pour les sentiers boisés
La fréquentation raisonnée des sentiers boisés participe de la préservation des équilibres locaux. À Hucqueliers, près de 24 km de chemins recensés sont accessibles aux piétons à travers bois, d’après le récent inventaire communal (source : Géoportail). Cette accessibilité s’accompagne d’une vigilance croissante quant au respect de la faune et de la flore, notamment dans les zones identifiées Natura 2000 (site “Forêts du Haut Pays d’Artois”).
La marche attentive et informée, que nous encourageons ici, se fonde sur la transmission de savoirs, l’écoute du paysage, le respect des rythmes agricoles et forestiers. Nous repérons localement des initiatives en ce sens : panneaux de lecture du paysage, guides téléchargeables (proposés par la Communauté de Communes du Haut Pays du Montreuillois), balisages concertés avec les riverains.
Quelques anecdotes rapportées par des habitants dessinent la mémoire vivante des chemins boisés : tel coupeur de bois se souvient encore de la qualification du “chemin du facteur”, traversant la lisière du Bois Malbrancq, ou de la tradition, chaque printemps, d’herborisation collective dans les talus du Bois de la Calique.
Perspectives ouvertes : le bois comme horizon du territoire
Découvrir le canton d’Hucqueliers à travers ses chemins forestiers, c’est renouer avec un rapport au temps, à la nature et aux usages qui dépasse la simple flânerie. Les itinéraires boisés offrent une lecture patiente du paysage, où chaque détail – la diversité des arbres, l’agencement des clairières, la présence de sources, de mares ou de talus – porte la trace de l’histoire commune entre nature et culture.
S’engager sur ces chemins, c’est entrer dans la continuité d’un récit partagé, ouvert à l’interprétation et à la transmission, entre habitants et visiteurs, marcheurs du présent et témoins du passé. La diversité des sentiers boisés, leur sobriété, leur mémoire, constituent une richesse fragile et précieuse, au cœur de l’identité d’Hucqueliers.