Marcher entre les villages d’Hucqueliers : parcours, paysages et continuités vécues
19 février 2026
Le canton d’Hucqueliers, territoire de liaisons rurales
La géographie du canton affirme une silhouette tout en discrétion, faite de petits reliefs, de vallons et de coteaux bocagers qui, depuis le Moyen Âge, structurent la circulation entre villages. Trois types d’itinéraires pédestres, repérables par tout marcheur attentif, se distinguent particulièrement :
- Les chemins de crête reliant les villages en suivant les lignes de partage des eaux, souvent le long d’anciennes voies de charroi ou de postes.
- Les sentiers de vallées, cheminant de fermes en moulins, témoins de l’occupation agricole du pays d’Hucqueliers.
- Les liaisons transversales, reliant deux vallées ou deux versants – passage obligé pour les échanges, les fêtes ou les marchés.
Ainsi, le caractère du canton prend tout son sens lorsque l’on replace ces itinéraires dans la vie quotidienne d’hier et d’aujourd’hui : aucun village n’a grandi à l’écart du réseau des chemins, et chaque pas sur ces routes donne à lire une page vivante du territoire (source : Archives départementales du Pas-de-Calais).
Quelques itinéraires pédestres emblématiques d’une journée
Nous avons sélectionné trois itinéraires principaux qui, en une journée de marche, vous mènent de village en village tout en révélant la diversité des paysages, la richesse du bâti patrimonial et la continuité des usages ruraux. Ces propositions sont modulables selon le rythme, la saison et l’inspiration du marcheur.
1. D’Hucqueliers à Verchocq par Avesnes et Herly (env. 20 km)
- Point de départ : Hucqueliers, cœur historique du canton, départs conseillés depuis la place du marché.
- Première étape : Cap sur Avesnes, par les chemins bocagers du plateau. Observation de haies plantées, petits bois, fossés et mares.
- Tracé principal : De Avesnes en direction d’Herly, à travers prairies et terres labourées, passage devant quelques fermes isolées et vues dégagées sur la campagne.
- Dernière section : Arrivée à Verchocq, en traversant les buttes du pays d’Hucqueliers, puis descente progressive vers le village.
Cet itinéraire permet de comprendre comment, historiquement, les échanges agricoles et commerciaux se structuraient autour d’Hucqueliers, place forte et jadis chef-lieu de canton (source : Monographie du canton d’Hucqueliers, E. Fourmestraux, 1891). Il longe d’anciennes fermes à cour carrée et permet de découvrir plusieurs petites chapelles rurales.
2. Boucle Hucqueliers – Clenleu – Bécourt – Preures (environ 22 km, possibilité de raccourci)
- Départ : Hucqueliers. Prendre la direction sud-ouest vers Clenleu, sentier en lisière de bois et paysages de talus.
- Clenleu : Passage par la petite église Saint-Georges et la place. Panoramas ouverts sur la vallée de la Créquoise.
- Bécourt : Descente douce vers Bécourt, village de fond de vallée, typique par son habitat dispersé. Présence d’un ancien moulin (aujourd’hui privé).
- Preures : Remontée progressive jusqu’à Preures, point culminant de la boucle. Découverte de l’église Saint-Martin, classée monument historique et bel alignement de tilleuls.
- Retour : Possibilité de revenir sur Hucqueliers par la route du plateau (plus direct), ou d’emprunter le sentier du vallon pour une arrivée en douceur.
Cette boucle révèle les contrastes du pays, du bocage serré aux grands espaces ouverts, tout en connectant quatre villages aux identités complémentaires. Un itinéraire balisé “Boucle du Haut-Pays” (voir FFRandonnée62) suit en partie ce tracé, ce qui en facilite la préparation.
3. Par les anciens chemins de Saint-Michel-sous-Bois, Bimont, et Rumilly (16 à 18 km selon variantes)
- Départ proposé : Saint-Michel-sous-Bois – joli village entouré de pentes boisées, réputé pour sa source et son ancienne fontaine.
- Bimont : Suivre le GRP “Tour du Haut-Pays” jusqu’à Bimont, passage remarquable par l’alignement des ormes et les vues dégagées sur la côte lointaine.
- Rumilly : Dernière traversée vers Rumilly, village-rue marqué par ses maisons en briques rouges et son patrimoine vernaculaire.
- Retour : Boucle possible par le nord en suivant l’ancienne voie de desserte agricole, ou retour direct via la route du fond de vallée.
Parcourir ce secteur, c’est retrouver le rythme des paysans et muletiers d’autrefois, lire la persistance des talus plantés, et découvrir plusieurs petits calvaires au détour des chemins.
Caractère des paysages traversés : lire le territoire sous les pas
La marche d’une journée sur ces itinéraires met en évidence une série de paysages distincts, reflet vivant de l’histoire et des pratiques du canton :
- Les plateaux bocagers : où dominent prairies grasses, haies entrecroisées, et fermes basses typiques du Haut-Pays.
- Les vallons humides : marqués par les cours d’eau secondaires (la Bimoise, la Créquoise), petite faune abondante et zones de présence de l’iris sauvage au printemps.
- Les crêtes boisées : principalement autour de Clenleu, Preures, et Saint-Michel-sous-Bois ; rappel de l’ancienne forêt domaniale qui couvrait la région.
- Les villages-écrins : souvent groupés autour d’une place, d’une église et parfois d’un lavoir ou d’une ancienne mare publique.
Chaque paysage se donne ainsi à lire dans sa continuité : l’héritage du bocage, marqué par la taille annuelle des haies ; l’ouverture progressive des vallonnements, favorisée par le remembrement du XXe siècle (source : CAUE du Pas-de-Calais, “Paysages et identités rurales”, 2007) ; le maintien de pratiques agricoles diversifiées (élevage, betterave, pomme de terre), qui expliquent bien des aspects de la mosaïque actuelle.
L’histoire et les usages au fil des chemins
L’arpentage du territoire à pied n’est pas une activité récente. Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’essentiel du transport de personnes et de marchandises s’effectuait à pied ou à cheval entre villages. On retrouve aujourd’hui, parmi les itinéraires empruntés, des fragments de l’ancien cadastre napoléonien, maintenus par l’usage, mais aussi de nouveaux itinéraires balisés impulsés par la demande de randonnée douce (voir FFRandonnée : topoguides “Haut-Pays d’Artois”).
Quelques anecdotes recueillies auprès des habitants nous rappellent le rôle social de ces itinéraires : chemin des processions à la Pentecôte, route des fromagers pour le marché du samedi, sentier de l’école traversant prés et ruisseaux. En cela, marcher de village en village n’est pas une simple activité de loisir, mais un acte qui ravive la mémoire du territoire et le lien au quotidien des générations passées.
Conseils pour une découverte respectueuse et sensible
- Préparation : Privilégier la carte IGN Top25 2104ET “Montreuil-sur-Mer”, repérer les chemins balisés (GRP, PR, boucles locales). Compter entre 15 et 25 km selon l’itinéraire retenu.
- Équipement : Chaussures de marche adaptées au relief parfois argileux ou humide, protection contre le vent (plateau exposé), bouteille d’eau, petite pharmacie de base.
- Respect du territoire : Refermer les barrières, respecter cultures, animaux et riverains. Ne pas sortir des chemins balisés en période de nidification ou de fauche.
- Rencontres : Oser questionner un habitant pour un complément d’itinéraire ou une anecdote, mais rester discret et respectueux du rythme rural.
- Saisonnalité : Le printemps révèle la floraison des haies et des talus, l’automne la lumière rasante sur les terres récoltées. L’hiver, certains chemins deviennent boueux, gage d’authenticité mais demandant une meilleure préparation.
Un dernier conseil, sans urgence ni injonction : prendre le temps de lire le paysage à chaque articulation du chemin, s’arrêter pour comprendre une haie, une mare, le profil d’une église — c’est souvent là que se loge le vrai caractère du canton d’Hucqueliers.
Marcher, relier, comprendre : l’expérience d’un territoire vivant
Choisir de relier plusieurs villages du canton d’Hucqueliers en une journée, c’est ouvrir la porte à une compréhension fine du territoire : voir comment les paysages se succèdent, comment les usages anciens persistent ou se transforment, comment les liens entre habitants et lieux demeurent vivaces à travers les générations. Ces itinéraires, loin d’être de simples “parcours de loisir”, rappellent que le territoire n’existe jamais seul, mais par l’entrelacs patient de ses routes, de ses gestes et de ses mémoires. Pour qui souhaite découvrir autrement le Haut-Pays d’Artois, la marche de village en village n’a rien d’un exploit sportif. Elle propose tout simplement de goûter à la densité du réel, en se plaçant dans les pas de celles et ceux qui, d’hier à aujourd’hui, écrivent la continuité vivante du canton d’Hucqueliers.